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6 Octobre 2011
Cher Monsieur Laroche,
La Ligue canadienne des compositeurs vous écrit aujourd’hui pour vous faire part de ses doutes et de ses réserves quant à la nouvelle mesure du Conseil des arts et des lettres du Québec rendant impossible d’appliquer aux programmes de subvention avant d’avoir complété le rapport final d’une bourse précédemment obtenue. Nous agissons ici à titre de porte-voix du malaise exprimé par plusieurs de nos membres du Québec, spécifiquement en rapport avec le programme de commande d’œuvres. Nous avons d’ailleurs fait part au Conseil des arts de l’Ontario d’un malaise semblable, comme vous pouvez le constater en consultant notre site Internet.
Nous comprenons que cette mesure diminuera le nombre de candidatures par jury, ce qui à première vue semble être un avantage puisque, en principe, cela laisserait plus de chances à ces candidats moins nombreux d’obtenir ce qu’ils demandent. Toutefois, considérant le fonctionnement de distribution de l’enveloppe parmi les divers programmes du CALQ, proportionnelle aux montants demandés dans chacun de ces programmes, la part destinée aux commandes d’œuvres risque logiquement de diminuer proportionnellement au nombre de candidatures, et cela nous semble annuler ce qui, dans un premier temps, paraissait être l’avantage de cette nouvelle mesure.
De plus, les ensembles, pour plusieurs raisons logistiques évidentes, commandent généralement les œuvres très à l’avance, surtout pour les projets d’envergure. Il est fort risqué pour un compositeur, surtout s’il se consacre à la création, que les demandes de bourses relatives à ses commandes ne soient pas faites le plus à l’avance possible. Or si les choses se passent bien pour un compositeur et qu’il obtient du financement immédiatement (donc à l’avance), il se trouve dans les faits pénalisé de son succès et de sa prévoyance, puisqu’il se retrouve désormais privé de la possibilité de soumettre un dossier au CALQ jusqu’à la fin du projet, ce qui rend laborieuse la planification de projets futurs. Ainsi un compositeur terminant une œuvre en mai sera contraint de rater le jury d’avril et d’attendre celui de septembre, pour n’avoir une réponse qu’en décembre, ce qui fait le deux tiers d’une année à être paralysé. Ce système a donc pour conséquence de désavantager à la fois les projets les plus ambitieux et les compositeurs les plus prolifiques, ce qui nous semble constituer une entrave à l’élan créateur et à l’effervescence artistique, donc aller à contresens des objectifs du CALQ.
Nous vous serions donc très reconnaissants de vous pencher sur ces sources d’inquiétude afin d’y trouver des solutions. Par exemple, spécialement pour le programme de commandes d’œuvres, parce qu’il demande plus de planification, un rapport de mi-étape par année pourrait être autorisé. Si vous souhaitez en discuter de vive voix, nous pourrions profiter du passage de Brian Current à Montréal pour aller vous rencontrer en petit comité le 24 novembre prochain, à 16h.
En vous remerciant de votre écoute habituelle du point de vue des compositeurs,
Jennifer Butler, Présidente, Ligue canadienne des compositeurs
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